Petite histoire du magasin général au Québec

31 décembre 2025

Magasin General

Un magasin général est un commerce de détail polyvalent : non seulement y trouve-t-on des marchandises variées, mais le bâtiment lui-même sert souvent de bureau de poste, de dépôt à marchandises…et de lieu de socialisation! S’il était omniprésent au 19e siècle et pendant une bonne partie du 20e siècle dans les petites villes, les villages et les zones rurales, le magasin général est aujourd’hui une rareté. Quand est-il apparu et comment a-t-il évolué au fil du temps ?

C’est Samuel de Champlain qui établit le tout premier magasin général en sol québécois au début du 17e siècle. Les habitants peuvent s’y procurer des denrées, des semences, des outils, du vin et tout le nécessaire à leur subsistance, et on y entrepose des fourrures. Le phénomène se développe rapidement : on compte bientôt un magasin général dans toutes les agglomérations de la colonie.

Quelles marchandises retrouve-t-on dans ce type d’établissement à la fin du 18e siècle ? Chez Joseph Cartier, actif à Saint-Hyacinthe entre 1794 et 1797, les articles les plus vendus sont les textiles, les denrées et les vêtements, de même que le bois, le cuir, l’huile à lampe, les harnais de cheval, les poêles et chaudrons, les chapeaux et les souliers. Notons que l’alcool occupe une place substantielle : à l’époque, le « fort » sert aussi de médicament…

Il n’est pas rare que les marchands s’enrichissent et grimpent dans l’échelle sociale. L’exemple de Louis Gauvreau est intéressant. C’est en 1799 que ce dernier ouvre son commerce de gros et de détail dans le faubourg Saint-Jean, à Québec. Sa clientèle se compose d’habitants et de commerçants de Québec, mais aussi de Charlevoix et de la Beauce. Son vaste entrepôt à bois lui permet d’approvisionner les constructeurs de navires. Il se lance dans l’immobilier, acquiert plusieurs terrains à Québec… et finit par devenir député́ à l’Assemblée du Bas-Canada de 1810 à 1822 !

Faisons un petit bond dans le temps. Que peut-on apercevoir lorsqu’on passe la porte d’un magasin général au tournant du 20e siècle ? Derrière le grand comptoir de bois s’élèvent de hautes étagères présentant les marchandises, classées selon leur catégorie et leur
taille. Les produits de première nécessité sont à l’avant-plan : des barils de farine, d’avoine et de mélasse, ainsi que de gros cruchons d’huile et de vinaigre, sont déposés à même le sol, tandis que les conserves s’alignent sur les rayons. Des pots de « bonbons à la cenne » trônent sur le comptoir. On peut acheter du tissu, du fil et des aiguilles, du savon du pays et bien d’autres choses encore. Les produits manufacturés occupent une place grandissante au fil des décennies ; ainsi, plutôt que de se procurer les matières premières pour cuisiner, bien des ménagères favorisent le pain, les gâteaux et les biscuits déjà tout prêts. Enfin, certains articles répondent à des besoins spécifiques selon les régions : moulée et blocs de sel pour les animaux, instruments agricoles, articles liés à la navigation et
à la pêche, outils liés à l’exploitation forestière, etc.

En plus de ses fonctions commerciales, le magasin général joue aussi un rôle social : après l’église, il s’agit de l’un des lieux les plus fréquentés par les gens de la communauté. Il sert parfois de bureau de poste, où l’on récupère les lettres et colis, y compris les commandes faites dans les catalogues de vente par correspondance. Mais surtout, ce commerce est le lieu idéal pour « piquer une jasette » en faisant ses emplettes! S’il a fini par être détrôné par les épiceries et les commerces à grande surface au 20e siècle, bien des gens s’en rappellent avec nostalgie.

Crédit photo: Neuville - Magasin général, intérieur, [Vers 1925], Archives nationales à Montréal, Collection Monique Mercure-Vézina, (06M,P157,S4,P538), Mercure-Vézina, Monique.

Rédaction

Catherine Ferland, Ph D.
Historienne
REFLETS, hiver 2025

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