Vivre en français à Yellowknife
31 mars 2026
Lorsque Simon Cloutier a déménagé à Yellowknife avec sa famille au début des années 2010, il s’attendait à devoir vivre in English au quotidien. Quinze ans après les événements, le principal intéressé déplore encore son ignorance du fait français dans la capitale des Territoires du Nord-Ouest. « J’ai été agréablement surpris d’y rencontrer autant de francophones mobilisés dans la défense et le rayonnement de leur langue. Force est de constater que les Québécois connaissent mal la francophonie canadienne», s’excuse presque celui qui est originaire de la Belle Province.
De fait, le français occupe une place enviable à Yellowknife, où se concentre près de la moitié des 41 000 habitants de la province, les Ténois. Environ un Yellowknifien sur cinq est capable de le comprendre et de le parler. Dans l’espace public, l’affichage est généralement aussi bien en anglais qu’en français, qui bénéficient du statut de langues officielles, en plus de neuf langues autochtones (voir ci-dessous). À l’échelle territoriale, le poids relatif des francophones augmente d’un recensement à l’autre depuis au moins une décennie, une tendance distincte à l’échelle du Canada.
La Loi sur les langues officielles des Territoires du Nord-Ouest reconnaît les neuf langues autochtones suivantes : le chipewyan, le cri, l’esclave du Nord, l’esclave du Sud, le gwich’in, l’inuinnaqtun, l’inuktitut, l’inuvialuktun et le tł̨ıchǫ.
Source : Bureau de la commissaire aux langues des Territoires du Nord-Ouest
L’arrivée régulière de francophones nés ailleurs au Canada ou à l’étranger explique en bonne partie ce dynamisme, souligne Simon Cloutier. « Le bilinguisme est une compétence recherchée par les gouvernements du Canada et des Territoires du Nord-Ouest, qui sont de grands employeurs à Yellowknife. Il en va de même pour la Force opérationnelle interarmées du nord, dont le quartier général est situé ici », indique celui qui, au fil des années, a siégé à plusieurs conseils d’administration d’institutions chères à la collectivité franco-ténoise.
Des défis malgré tout
N’empêche, le portrait de la francophonie n’est pas tout rose sur les rives du Grand lac des Esclaves. Dans le Grand Nord, il est ainsi assez fréquent de voir les gens aller et venir, au gré des occasions professionnelles qui s’offrent à eux. « En moyenne, les jeunes familles demeurent à Yellowknife de trois à cinq ans avant de repartir vers le sud », estime Simon Cloutier. Résultat : ce roulement freine l’engagement. « Il est difficile de trouver du sang neuf pour s’impliquer dans les divers organismes communautaires et culturels servant la communauté francophone. »
L’isolement relatif de Yellowknife facilite néanmoins la création de liens privilégiés entre Ténois francophones. On peut par exemple le constater lors des 50 à 70 activités organisées chaque année par l’Association franco-culturelle de Yellowknife (AFCY). Soirées d’improvisation, micros ouverts, concerts d’artistes variés : il y en a pour tous les goûts. « Nous avons élargi notre mandat afin de rejoindre les clientèles jeunesse dans les dernières années, en fondant notamment la compagnie Théâtre du 62e parallèle », raconte
Maxime Joly, directeur général de l’AFCY.
Fondée en 1985, l’association ambassadrice de la culture francophone au sein de la ville de Yellowknife soufflait l’automne dernier ses 40 bougies. Près de 175 francophones et francophiles des Territoires du Nord-Ouest se sont réunis à l’occasion d’une fête animée par le chanteur Yves Lambert, ancien membre de La Bottine souriante, et son groupe de musique traditionnelle. « La Bottine souriante avait déjà fait escale à Yellowknife à quelques reprises par le passé », affirme-t-il. On peut le voir comme un clin d’œil au lien improbable entre le Québec et Yellowknife.
Crédit photo: Arctic Tours Canada
Rédaction
Maxime Bilodeau
REFLETS, printemps 2026