CE QUE LA PANDÉMIE A RÉVÉLÉ

Extrait de la revue Reflets de septembre (p. 3)

Reportons-nous au cœur de la crise. On constate que la réforme de l’ex-ministre de la Santé, Gaétan Barrette, est en grande partie responsable des nombreuses difficultés de communication entre les employés sur le terrain et les politiciens de première ligne. La structure du réseau, tout particulièrement dans la région de Montréal, est si complexe que les décisions prises quotidiennement par la cellule de crise ne se rendent pas nécessairement jusqu’au terrain, et vice-versa. La ministre de la Santé, Danielle McCann, ne reçoit pas toujours les bonnes informations. Une tragédie s’installe dans plusieurs CHSLD.

Les CHSLD – un acronyme que tout le monde connaît maintenant mais sur lequel plusieurs trébuchent, y compris certains politiciens et animateurs – sont en toutes lettres des « centres d’hébergement et de soins de longue durée ». On nous dit qu’ils sont des milieux de vie : peut-on y croire ?

Le gouvernement ne peut ignorer qu’au cours des 10 dernières années, de nombreux intervenants, organismes, coroners et proches aidants ont dénoncé la piètre qualité des soins qui y sont donnés, allant jusqu’à parler d’âgisme systémique (à lire : l’article d’Ariane Lacoursière dans La Presse du 23 juin 2020, « Des ergothérapeutes dénoncent “l’âgisme systémique” au Québec*). En 2011, notre association faisait déjà état de nombreuses lacunes décelées dans ces centres, entre autres au CHSLD Herron.

Nous avons appris que le personnel soignant, tant dans les CHSLD que dans les résidences pour aînés, n’était pas rémunéré à la hauteur de sa tâche, et qu’il comptait en son sein de nombreuses immigrantes sans statut officiel et provenant souvent d’agences. Toutes ces personnes que nous avons applaudies pour leur dire merci méritent beaucoup mieux, à commencer par un salaire décent, un emploi permanent, de la formation et un encadrement respectueux.

En mars, le gouvernement décrétait le confinement. Certes, cette décision a permis de ralentir la propagation du virus, mais elle a entraîné des effets pervers dans toutes les strates de la population, et particulièrement chez les personnes dites vulnérables dont les aînés font partie. Les responsables des résidences intermédiaires (RI) et des résidences pour personnes autonomes (RPA) ont décrété un enfermement total de leurs résidents, alors que les aînés vivant dans leur domicile pouvaient encore sortir de chez eux pour prendre l’air. Les proches aidants et les familles se sont vu interdire les visites à leurs proches, dont bon nombre sont décédés dans la solitude la plus totale. L’accent mis sur la sécurité des aînés a parfois entraîné des réactions que l’on peut aussi qualifier d’âgisme.

Que nous réserve l’avenir ?

Peu après l’arrivée au pouvoir du gouvernement caquiste et la nomination de la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, nous l’avons rencontrée. Comme association, nous sommes préoccupés par l’avenir des aînés au Québec et, pleins d’espoir, nous lui avions proposé la tenue d’états généraux. Ce projet ne l’emballant pas du tout, nous l’avons transformé en plan d’action concerté sur le vieillissement en avril 2019. Notre plus grand souhait se résume à nous assurer que l’ensemble de la population puisse vivre le dernier quart de sa vie dignement. Tout a basculé avec l’arrivée de la COVID-19, et nous nous rendons compte qu’un nombre important d’aînés n’ont pas vécu dignement leurs derniers jours. Aurions-nous pu faire mieux ?

L’AQRP n’étant pas seule à tendre la main au gouvernement, elle s’est jointe à quatre autres grandes associations afin de s’adresser d’une seule voix à ce dernier. Cette coalition, nommée Coalition pour la dignité des aînés (CDA), se donne comme mission d’être un interlocuteur privilégié auprès du gouvernement du Québec.

Le premier ministre Legault et la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants ont pris l’engagement de revoir toute l’offre de soins d’hébergement, principalement dans les CHSLD publics et privés. Ça a été l’occasion pour notre Coalition, qui représente près de 120 000 personnes aînées, de leur communiquer son intention de faire partie de la solution et d’être associée à cet exercice pendant toute sa durée. Or force est de constater qu’à ce jour (15 juillet), nous sommes toujours en attente d’une réaction positive de la part des représentants du gouvernement auxquels nous nous sommes adressés. 

Le Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU), préoccupé notamment par des enjeux importants comme la pénurie de personnel soignant, la rareté des tests de dépistage, l’accès aux médicaments et les droits des usagers, a créé le Collectif Action COVID-19 et nous invite à y participer, en compagnie de nombreux intervenants, chercheurs, membres du personnel soignant et associations d’aînés. C’est avec conviction que nous avons accepté cette invitation. Cela nous permettra, sur une autre plateforme, de défendre les droits de nos membres et des aînés et de trouver collectivement des pistes de solutions réalistes en vue d’influencer le gouvernement dans ses travaux de réforme.

Au moment où j’écris ces mots, le déconfinement se poursuit, mais des foyers d’éclosion apparaissent un peu partout, principalement à Montréal et en Montérégie. Le gouvernement a décrété le port du masque obligatoire dans tous les lieux fermés et dans les transports en commun. Vous, membres de notre association, avez été exemplaires jusqu’ici aussi. Nous vous encourageons à continuer de suivre les consignes du gouvernement.

Souhaitons-nous un automne plus tranquille !

ROSE-MARY THONNEY

* www.lapresse.ca/actualites/202...

2020

Juillet - UNE PRÉSIDENCE EN CONFINEMENT

Mars - DES ANNÉES 2010 AUX ANNÉES 2020

2019

Décembre - LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES, UNE MENACE ?

Septembre - MON ENGAGEMENT

Juin - UN DÉBUT 2019 BIEN OCCUPÉ

Mars - UNE SEULE LETTRE FAIT TOUTE LA DIFFÉRENCE

2018

Décembre - QUI VEUT S'APPAUVRIR ?

Septembre - UNE RENTRÉE POLITIQUE ET STRATÉGIQUE

Juin - ENTREVUE AVEC DONALD TREMBLAY

Mars - LE CLOU

2017

Décembre - 2018, L’ANNÉE DE TOUS LES DANGERS… NON : DE TOUTES LES OCCASIONS !

Septembre - L’ENNEMI PUBLIC NUMÉRO UN DES CITOYENS QUE NOUS SOMMES

Juin - JE, TU, IL, ELLE, NOUS, VOUS, ILS, ELLES…

Mars -  LA TENUE DE SON ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ANNUELLE